Le risque à l’échelle urbaine :

zoom sur les inondations et le risque sismique dans le bassin versant de Luz-Saint-Sauveur

 

Etude dans les Pyrénées avec la promotion 2015-2017 du DSA Risques Majeurs de l’ENSA Paris Belleville

Depuis 2007, les premières années du DSA RM se rendent dans les Pyrénées dans le cadre d’une étude sur le thème du risque à l’échelle urbaine. 

Suite aux inondations de 2012 et 2013 dans la région de Lourdes, le DSA s’intéresse plus particulièrement aux effets des crues torrentielles sur le paysage, la ville et l’architecture de la vallée.

 

Chaque année, le DSA est amené à étudier de plus près une commune des Hautes Pyrénées concernée par ce risque. Pour la session 2016, les étudiants se sont dirigés vers Luz-Saint-Sauveur, une commune qui se trouve en amont de Lourdes à moins de 30 km de la frontière espagnole. Cette commune a la particularité de se situer au carrefour de trois cours d’eau : le Gave de Pau depuis le sud, le Bastan depuis l’est et l’Yse depuis le sud-est. On y recense également le plus haut taux de sismicité du territoire national métropolitain[1].

 

La semaine fut riche dans la mesure où chaque groupe d’étudiants s’est concentré sur des thématiques différentes - les aléas, le diagnostic urbain, les projets communaux -, répondant à une problématique commune : la gestion des eaux suite aux inondations de 2012 et 2013.

Des relevés, rencontres, interviews, conférences et randonnées ont rythmé leur semaine de prospection.

  

En effet, les étudiants ont été amenés à rencontrer Brigitte Pratdessus, Rédactrice Principale à la mairie de Luz-Saint-Sauveur, qui a exposé le déroulement de la gestion de la catastrophe lors de la crue du 18 juin 2013 : la ville a été complètement autonome durant toute une nuit : routes effondrées, réseau téléphonique coupé, représentant municipal bloqué à l’extérieur de la ville. Seuls deux gendarmes étaient sur place pour gérer la nuit de crise. Le lendemain, l’Etat et l’armée ont pu intervenir pour secourir les habitants.

 

Guy Sénéchal et Jérôme Souchard, responsables de la Maison de la Connaissance du risque sismique à Lourdes, ont proposé aux étudiants une visite guidée et largement commentée à travers différentes étapes remarquables : la vallée est effectivement exposée à plusieurs aléas : le risque d’inondation mais également celui d’avalanche, de glissement de terrain et de séisme.

 

Le groupe a également eu l’occasion de rencontrer Alain Masy, ingénieur recruté par le syndicat SIVOM du Pays Toy, chargé de la gestion des reconstructions post crues le long du Bastan. Ses interventions ont été en grande partie financées par le Fonds des Calamités[2] de l’Etat, la Région et l’Agence de l’Eau[3]. L’Agence de l’Eau et les communes ont également participé à ces travaux. Le Fonds Barnier[4] a, quant à lui, peu été sollicité. La mise en place d’un PAPI[5], le Programme d’Actions et de Préventions des inondations sera prochainement instauré afin d’aider financièrement les communes.

 

Les architectes-étudiants ont été invités à assister aux Assises de l’eau en Vallées des Gaves[6] intitulées « Vers une gouvernance unique ». Le Pays de Lourdes et des Vallées des Gaves (PLVG) a réuni élus, techniciens et partenaires institutionnels au palais des congrès de Lourdes. L’objet était de mettre en place une gouvernance à l’échelle du bassin versant, d’exposer un retour d’expérience sur les travaux post-crues et d’expliquer la compétence de la GeMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations). La présentation des outils de gestion locaux et de leur articulation a mené à conclure la rencontre par la signature du Contrat de Rivière[7] et du PAPI du Gave de Pau.

 

Au cours d’une journée de relevés sur site, une rencontre fortuite a amené trois représentants de l’association des Architectes des Risques Majeurs ainsi qu’Elodie Pierre, enseignante à l’ENSAPB et organisatrice de ce workshop annuel, à être interviewés et à passer sur Frequence Luz, la station locale de Luz-Saint-Sauveur. Vous pouvez écouter leur émission via le lien suivant : http://www.frequenceluz.com/index.php/podcasts

 

Malgré les fonds mobilisés et les prêts bancaires, seuls l’enrochement sec et béton des berges pourra être réalisé. Le problème est complexe puisque l’ensemble des terrains à proximité des rivières est privé. Demander aux propriétaires de réhabiliter et d’entretenir une telle surface est inimaginable.

 

« Les opportunités se sont multipliées suite aux inondations, nous essayons de faire du négatif quelque chose de positif », c’est ainsi que s’est exprimée Annie Sagnes, adjointe au maire de Luz. La mémoire de la catastrophe qui a touché la région est encore vive chez les habitants.

Afin d’assurer une bonne gestion de la catastrophe, il est important que la population connaisse les risques encourus et que l’urbanisme retisse des liens avec la nature caractéristique de la région.

  

Deux ans après le début des travaux sur les berges du Bastan, nous avons pu découvrir des plaines de dépôts d’embâcles, la reconstruction de ponts, le dégagement et le confortement des berges notamment.

Brigitte Pratdessus nous a exposé l’instauration de nombreux exercices de prévention pour les élus, les services de secours et les habitants ainsi que la mise à jour des documents d’urbanisme tel que le Plan Communal de Sauvegarde.

 

C’est avec cet objectif en tête qu’un projet de passerelle entre les villages de Sassy et de Luz-Saint-Sauveur a été signé le 23 février 2016. Cet ouvrage permettra la pratique de circulations douces entre les deux villages. Ce parcours, rythmé par différentes ambiances, sera accessible aux piétons, cyclistes et personnes à mobilité réduite et vise à renouer les liens entre l’homme et la nature.

La Mairie a proposé à l’association des Architectes des Risques Majeurs de faire partie de l’équipe de maîtrise d’œuvre : affaire à suivre !

R. Chahine et C. Coderch

 

[1] www.risquesmajeurs-hautes-pyrenees.pref.gouv.fr

[2] Depuis la loi du 27/01/2014, un fonds pour la réparation des dommages causés aux biens des collectivités territoriales et de leurs groupements par les calamités publiques est venu s’ajouter aux fonds prévus pour les mêmes personnes publiques victimes d’une catastrophe naturelle.

Une calamité publique correspond à une catastrophe naturelle d’une ampleur exceptionnelle (art L.125-1 du Code des assurances).

[3] Il existe six agences de l’eau en France. « Etablissements publics du Ministère du développement durable, ces agences ont pour mission de contribuer à réduire les pollutions de toutes origines et à protéger les ressources en eau et les milieux aquatiques. », www.lesagencesdeleau.fr

[4] Le Fonds Barnier (loi 02/02/1995) a été mis en place afin de financer des indemnités d’expropriation de biens exposés à un risque naturel majeur. Il s’agit d’un prélèvement sur les cotisations relatives à la garante « catastrophe naturelle » des contrats d’assurances.

Une catastrophe naturelle est définie comme suit d’après l’article L.125-1 du Code des assurances : « dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n’ont pu empêcher leur survenance ou n’ont pu être prises. »

[5] « L’objectif du PAPI est de promouvoir une gestion intégrée des risques d’inondation, en vue de réduire leurs conséquences dommageables sur la santé humaine, les biens, les activités économiques et l’environnement. Il s’agit d’un outil de de contractualisation entre l’Etat et les collectivités, le dispositif PAPI permet la mise en œuvre d’une politique globale, pensée à l’échelle du bassin de risque. », extrait du cours Les inondations d’Elodie Pierre.

[6] Les Assises ont eu lieu à Lourdes le lundi 21 mars 2016.

[7] « Il s’agit d’un engagement « moral », technique et financier entre maîtres d’ouvrage locaux et partenaires financiers (Europe, Etat, Agence de l’eau, Région, Département…) sur un programme d’actions concertées pour la réhabilitation et la valorisation des milieux aquatiques sur un périmètre donné. », www.ode43.fr

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