Luz Saint Sauveur: une démarche collaborative pour prévenir le risque inondation

 

"C'est vrai qu'on oublie vite..."

Ces mots prononcés par un habitant de Luz-Saint-Sauveur révèlent bien la situation à laquelle les riverains sont confrontés quelque temps après le passage d’une catastrophe naturelle et ce, quel que soit sa force de destruction.

Quelques mois après la crue de juin 2013 dans le Pays Toy, les résidents reprennent peu à peu un rythme de vie normal, en essayant d’oublier les dégâts provoqués par l’inondation.   

         

Le workshop des ARM a succédé un projet mené par Elodie Pierre et Dominique Lerche, deux enseignants du DSA Risques Majeurs de l’ENSAPB sur le thème de l’inondation et du séisme.

Il s’est appuyé sur l’analyse territoriale et administrative et la définition des enjeux urbains, aléas et risques.

L’association des ARM promeut la prise en compte des risques majeurs en architecture auprès des professionnels ainsi que du grand public à travers ses interventions.

Invité par Annie Sagnes, première adjointe du Maire de Luz-Saint-Sauveur, un petit groupe est parti dans les Pyrénées, ordinateurs et carnets sous le bras, pour participer au projet de réaménagement des berges luzéennes du Bastan, l’un des torrents de la commune qui a subi de lourds dégâts suite à la crue de 2013.

       

Luz-Saint-Sauveur en quelques mots : il s’agit d’une commune du département des Hautes-Pyrénées, bordée de trois cours d’eau de nature différente : le Bastan, l’Yse et le Gave de Gavarnie. Son expansion urbaine a été conditionnée par ses nombreuses limites naturelles : les cours d’eau, les massifs dans la périphérie, mais aussi par des axes routiers majeurs qui la relient notamment à Lourdes. La commune est classée en zone de sismicité 4, à risque moyen, et est dotée d’un Plan de Prévention des Risques (PPR) qui est aujourd’hui en cours de modification. Luz-Saint-Sauveur a toujours connu des crues importantes.

En juin 2013, c’est l’hécatombe avec l’accumulation de facteurs aggravants : chute de température brutale après un hiver long, fortes précipitations, fonte nivale sous forte chaleur… le débit d’eau augmente donc fortement. La force de l’eau débordant de son lit a détruit ponts, routes et maisons, en emportant deux vies avec elle.

                 

Aujourd’hui, de nombreux travaux ont été engagés mais le paysage a été considérablement modifié dans les zones vulnérables. Le Bastan a pris de l’ampleur et ne se limite plus à sa taille de ruisseau de jadis. Certains habitants ressentent encore une crainte vis-à-vis de l’eau. Les promenades, pique-niques, aires de jeux, lire un livre au bord de l’eau, faire son jogging, camper… tous ces usages pourraient être retrouvés le long du Bastan et révéler, à travers l’eau, les atouts environnementaux du territoire. Réintégrer les cours d’eau dans le paysage urbain par les usages semble essentiel à la démarche de reconstruction mise en place par la commune de Luz-Saint-Sauveur.

Cette démarche vise les habitants de Luz-Saint-Sauveur mais également ceux des communes voisines. En effet, à travers un vocabulaire urbain commun, cette promenade reliera les communes entre elles et réinsérera ce paysage dans le quotidien des Luzéens. Elle portera également une réponse pour l’écosystème, l’économie locale, l’attractivité touristique, la circulation douce et à la vie sociale et la protection contre les risques d’inondation.

Pour mettre en lumière les problématiques et les enjeux du site, une visite en présence de différents acteurs du projet a été organisée le long du Bastan. Nous avons ainsi pu échanger avec Daniel Borderolles, directeur des Services Techniques de Luz-Saint-Sauveur et Maire de Sazos, Alain Mazy, coordinateur des travaux post-crue du SIVOM, Annie Sagnes, adjointe au Maire et Présidente de l’Office de Tourisme, et Renaud Fructus, jardinier communal.

                 

L’objectif des ARM étant d’inculquer la culture du risque, il était primordial que les citoyens participent à toutes les phases du projet. Initiée par les acteurs locaux en vue de résoudre une question territoriale, une démarche collaborative[1] permet d’impliquer les citoyens en tant qu’acteurs du territoire. Certains usagers ne souhaitent plus s’approcher de l’eau quand d’autres voudraient que l’aménagement des berges soit déjà réalisé. Programmer le projet de manière collaborative en intégrant la question du risque permet, au fil des actions, de désamorcer les sujets de conflits et d’inculquer la gestion du risque.

                 

La première étape d’investigation consistait à rassembler les témoignages des citoyens concernant les usages sur les rives du Bastan avant la crue. Pour cela, nous avons commencé à mener une enquête publique auprès des habitants et des personnes visitant la commune. Des questionnaires ont été distribués lors de deux événements estivaux, le marché du lundi 1er août et la Fête du Mouton du mardi 2 août et ont permis un véritable contact avec les habitants. Ces questionnaires ont également diffusé sur le site internet et la page Facebook de la commune. L’objectif était d’attirer l’attention des ces derniers sur la problématique des risques majeurs par le biais d’un dialogue avec les ARM. Ainsi, avec l’aide de la Mairie, des ateliers ont été animés afin de présenter les travaux réalisés dans le cadre du DSA Architecture et Risques Majeurs, mais aussi d’échanger autour de l’enjeu du projet d’aménagement et de représenter la diversité des usagers des berges. Ces échanges ont enrichi les débats et ouvert les discussions entre les habitants eux-mêmes.

                 

La mémoire du risque et la prévention sont les axes directeurs de l’intervention des Architectes des Risques Majeurs sur le projet d’aménagement des berges du Bastan. Ces thèmes ont donc été soumis aux usagers afin d’évaluer leur sensibilisation et révéler différents moyens d’appréhender le sujet (cartels informatifs, traitement de sol particulier, aires de jeux éducatives, repères de crue, etc.). Photos, vidéos, livres… tout document peut enrichir le processus de sensibilisation vis-à-vis du risque. Ainsi les étapes de prévention incluent-elles plusieurs acteurs, chacun apportant son expérience, son vécu et son savoir-faire. Des tables-rondes, des conférences, des événements festifs et éducatifs sur place sont à mettre en œuvre en présence des différents acteurs.

                 

Cette expérience s’est avérée particulièrement positive puisqu’un partenariat entre la commune et l’association des Architectes des Risques Majeurs a été engagé. Les ARM, à mi-chemin entre l’Assistance à la Maîtrise d’Ouvrage et la Maîtrise d’Œuvre interviendront  aux différentes étapes du projet. Une mise en situation professionnelle est aujourd’hui à mettre en place pour les membres de l’association !

A. Rinck

 

[1] Méthode de « Design Civique » à consulter à l’adresse suivante : https://designcivique.org/

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